Quand Emmanuel Macron parle du France Libre, il cite Naval Group, les Chantiers de l'Atlantique, TechnicAtome. Ce sont les vitrines du programme. Mais derrière ces grands noms, c'est une mobilisation industrielle sans précédent en France depuis des décennies qui se met en place — 800 entreprises, plus de 200 métiers, 14 000 emplois directs et indirects répartis dans toute la France.

Naval Group : le maître d'œuvre

Naval Group pilote l'ensemble du programme. C'est lui qui conçoit le navire, coordonne les industriels, assure l'intégration des systèmes et livrera le bâtiment clé en main à la Marine nationale en 2038. Ses sites de Cherbourg, Brest, Toulon et Indret sont tous mobilisés à des degrés divers. À Indret, près de Nantes, les premières pièces des chaufferies nucléaires sont déjà en cours de fabrication depuis septembre 2025.

Les Chantiers de l'Atlantique : la coque du géant

C'est à Saint-Nazaire que naîtra physiquement le France Libre. Les Chantiers de l'Atlantique, qui ont construit les plus grands paquebots du monde — le Normandie, le France, le Wonder of the Seas — sont le seul site en France capable d'assembler une coque de 310 mètres et 80 000 tonnes. La découpe de la première tôle est prévue entre 2031 et 2032. D'ici là, les équipes travaillent déjà sur la conception numérique du navire, en collaboration avec Dassault Systèmes et son logiciel de jumeau virtuel.

TechnicAtome et Framatome : le cœur nucléaire

La propulsion nucléaire est le domaine le plus stratégique — et le plus confidentiel. TechnicAtome, filiale du CEA et de Naval Group, conçoit les réacteurs K22. Framatome Défense fabrique les composants les plus critiques des chaufferies. Ces deux entreprises représentent une compétence que seules une poignée de nations maîtrisent dans le monde. La commande des chaufferies a été notifiée en avril 2024 pour 600 millions d'euros.

Arabelle Solutions : les turbines de Belfort

Filiale d'EDF rachetée à General Electric en 2024, Arabelle Solutions fournira les quatre turbines à vapeur qui transformeront la chaleur des réacteurs en puissance propulsive. Fabriquées à Belfort et La Courneuve, ces turbines seront livrées avant 2030. C'est la même famille industrielle qui équipait déjà le Charles de Gaulle, le Foch et le Clemenceau.

Thales : les yeux et les oreilles du navire

Les systèmes de combat — radars, guerre électronique, système de commandement — sont confiés à Thales. Le site de Brest est particulièrement impliqué, avec le développement du système de combat naval de nouvelle génération. Thales fournira également les systèmes de communication sécurisés et les capteurs embarqués.

Dassault Aviation et MBDA : l'arme aérienne

Le groupe aérien embarqué sera constitué de Rafale Marine au standard F5, conçus par Dassault Aviation. MBDA fournira les missiles — Aster, Exocet, AASM — qui constituent la puissance de frappe du groupe aéronaval. Ces deux entreprises ne fabriquent pas le navire, mais sans elles, le France Libre ne serait qu'une coquille vide.

Les 800 invisibles

Derrière ces grandes maisons, des centaines de PME et ETI françaises participent au programme — mécaniques lourdes en Normandie, électroniques de puissance en Île-de-France, systèmes numériques en Bretagne, ingénierie complexe en Provence. Des entreprises dont personne ne connaît le nom mais dont le savoir-faire est irremplaçable. C'est cette chaîne productive, tissée sur tout le territoire, qui fait du France Libre bien plus qu'un navire de guerre : un projet industriel national.