Avant que le France Libre n'y soit amarré, la base navale de Toulon livre ses secrets les plus anciens. Depuis le début des travaux d'infrastructure destinés à accueillir le futur porte-avions en 2035, les archéologues de l'INRAP ont mis au jour les vestiges d'un port romain vieux de près de 2 000 ans. Un chantier dans le chantier — et une découverte qui bouleverse ce que l'on savait de l'histoire de Toulon.

Telo Martius, port militaire de l'empire

Toulon s'appelait Telo Martius à l'époque romaine — "le port de Mars", dieu de la guerre. Ce n'est pas un hasard : dès l'Antiquité, le site était reconnu pour ses qualités naturelles d'abri maritime. Les fouilles menées depuis 2025 confirment ce que les historiens soupçonnaient : il existait bien une infrastructure portuaire romaine à cet emplacement, avec des quais, des entrepôts et des structures de carénage datant des Ier et IIe siècles après J.-C.

Les archéologues ont mis au jour des amphores, des céramiques de construction, des pièces de monnaie et des éléments de bois conservés par l'anaérobie des sédiments marins. Un niveau de conservation exceptionnel pour des vestiges de cette époque.

"En 2035, le porte-avions sera juste à côté de nous." — Archéologue INRAP, chantier de Toulon

C'est en ces termes qu'un archéologue de l'INRAP a résumé la situation sur le chantier. Les fouilles se déroulent à quelques dizaines de mètres des futurs quais destinés à accueillir le France Libre. La course contre la montre est réelle : les travaux d'infrastructure de la base navale doivent être achevés avant l'arrivée du navire pour ses essais finaux et son armement, prévu à partir de mi-2035.

Le Service d'Infrastructure de la Défense (SID), qui pilote les travaux côté militaire, a accepté de ralentir certaines opérations pour permettre aux archéologues de documenter les vestiges. Un équilibre délicat entre impératif militaire et patrimoine national.

Deux mille ans de continuité maritime

Ce qui frappe dans cette découverte, c'est la continuité. Le même site naturel qui attirait les ingénieurs romains pour ses qualités d'abri, sa profondeur et sa position stratégique en Méditerranée accueillera dans moins de dix ans le navire de guerre le plus sophistiqué jamais construit en France. Deux millénaires séparent le port de Telo Martius du quai du France Libre — mais la logique militaire et maritime est exactement la même.

Toulon a toujours été un port de guerre. Sous Louis XIV, Vauban l'a fortifié. Sous Napoléon, il a été le théâtre d'une bataille décisive. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la flotte française s'y est sabordée pour ne pas tomber aux mains de l'Allemagne. Et en 2038, le France Libre y prendra le relais du Charles de Gaulle, perpétuant une tradition militaire et maritime qui remonte à l'empire romain.

Un patrimoine à préserver

Les vestiges mis au jour seront documentés, photographiés et en partie prélevés avant la reprise des travaux. Certaines pièces rejoindront les collections du musée de la Marine de Toulon. Une partie des structures immergées, trop fragiles pour être déplacées, sera laissée en place et recouverte par les nouvelles infrastructures — une forme de stratification que les archéologues pratiquent couramment sur les grands chantiers urbains.

Le France Libre sera donc littéralement ancré dans l'histoire — au sens propre comme au sens figuré.