Le discours officiel est rodé : 800 entreprises françaises mobilisées, 90 % de valeur ajoutée nationale, un programme souverain de bout en bout. Pourtant, au cœur du France Libre, plusieurs systèmes critiques ne seront fabriqués ni à Cherbourg, ni à Belfort, ni à Saint-Nazaire — mais aux États-Unis.
Les catapultes EMALS : technologie américaine, facture française
Le choix des catapultes électromagnétiques EMALS a été acté dès 2021. Ces systèmes sont fabriqués par une seule entreprise au monde capable de les produire à l'échelle industrielle : General Atomics, société américaine basée à San Diego. La DSCA avait, dès 2021, autorisé la vente à la France de deux catapultes et d'un système d'arrêt AAG pour un montant évalué à 1,2 milliard d'euros. En février 2026, un nouveau contrat de 43 millions de dollars a été notifié à General Atomics pour finaliser la configuration technique, avec livraison des spécifications attendue en janvier 2028.
La facture réelle : trois fois plus que l'officiel
Le gouvernement parle de 10 % du coût total attribué à des fournisseurs étrangers. Le GICAN, syndicat naval, évalue la facture effective des composants américains — EMALS, AAG et avions-radar E-2D Hawkeye — à environ 3 milliards d'euros. Sur un programme estimé entre 10 et 12 milliards d'euros, c'est entre 25 et 30 % du coût total — loin des 10 % revendiqués.
L'E-2D Hawkeye : un autre pilier américain
Les catapultes ne sont pas le seul point de dépendance. Le groupe aérien embarqué comprendra trois Northrop Grumman E-2D Advanced Hawkeye, l'avion de guet aérien qui constitue les yeux du groupe aéronaval. Là encore, fabrication américaine, maintenance américaine, mises à jour américaines.
Une dépendance assumée, pas subie
Faut-il y voir un échec de la souveraineté française ? Pas nécessairement. Le choix des EMALS est d'abord un choix militaire : aucun pays européen ne maîtrise cette technologie, et développer une alternative nationale aurait coûté bien davantage — en temps et en argent. À l'horizon 2038, quand le France Libre rejoindra la flotte à Toulon, la France aura construit l'un des objets industriels les plus complexes de la planète. Ce qu'elle ne maîtrise pas, elle l'achète à son allié le plus fiable.
Le vrai risque n'est pas financier. Il est politique : que se passe-t-il si les relations franco-américaines se dégradent au point de bloquer la maintenance ou les livraisons ? Cette question, personne dans les cercles officiels ne l'évoque publiquement. Mais elle existe.
Ce que la France maîtrise vraiment
La liste reste impressionnante : la propulsion nucléaire (TechnicAtome, Framatome, Naval Group), les systèmes de combat (Thales), l'aviation embarquée (Dassault Rafale M), l'armement (MBDA), la coque (Chantiers de l'Atlantique). La France sait encore forger de l'acier nucléaire dans le Puy-de-Dôme, souder des enceintes de confinement à Cherbourg, usiner des pièces de 200 tonnes à la précision du micron à Nantes.
Ce programme est à l'image de la France dans la mondialisation : souveraine sur l'essentiel, dépendante sur quelques maillons critiques. Le France Libre naviguera avec des catapultes américaines. Mais son cœur nucléaire, lui, battra entièrement français.