La France n'a jamais eu deux porte-avions opérationnels en même temps. Le Clemenceau et le Foch existaient bien simultanément, mais l'un était presque toujours en entretien pendant que l'autre déployait. Le Charles de Gaulle a perpétué cette réalité : depuis 2001, la Marine nationale dispose théoriquement d'un porte-avions, mais sa disponibilité effective n'a jamais dépassé 60 à 70 % du temps. Le France Libre ne changera rien à cette équation — sauf si la France décide enfin de construire un deuxième bâtiment.

Le problème de la disponibilité

Un porte-avions nucléaire nécessite des arrêts techniques longs et réguliers. Le Charles de Gaulle a subi plusieurs indisponibilités majeures — dont une réfection complète des chaufferies entre 2017 et 2018 qui l'a immobilisé pendant 18 mois. Pendant ce temps, la France n'avait tout simplement plus de groupe aéronaval. Dans un contexte de tensions croissantes en Méditerranée, en mer Rouge et dans l'Indo-Pacifique, cette lacune capacitaire est de plus en plus difficile à justifier.

Un débat qui revient à chaque crise

La question d'un second porte-avions resurface à chaque grande crise internationale. Elle avait été posée après les attentats de 2015, quand le Charles de Gaulle avait été déployé en urgence en Méditerranée orientale. Elle est revenue en 2020 lors de l'épidémie de Covid qui avait cloué le navire au port après la contamination de 1 000 marins. Elle se pose à nouveau en 2026, alors que le France Libre est en cours de construction et que le Charles de Gaulle approche de la fin de sa vie opérationnelle.

Le coût : l'argument qui tue

Un deuxième France Libre coûterait entre 10 et 12 milliards d'euros supplémentaires. Dans le contexte budgétaire actuel, même avec une loi de programmation militaire portée à 413 milliards d'euros sur la période 2024-2030, la question ne se pose pas sérieusement avant 2028 — date à laquelle une revue stratégique est prévue pour évaluer l'état des chaufferies K15 du Charles de Gaulle et décider de son éventuelle prolongation au-delà de 2038.

"Deux porte-avions, c'est la condition de la permanence. Un seul, c'est la puissance par intermittence." — État-major de la Marine nationale

La solution intermédiaire : prolonger le Charles de Gaulle

Plutôt qu'un second porte-avions, certains experts plaident pour une prolongation du Charles de Gaulle au-delà de 2038, le temps que le France Libre soit pleinement opérationnel et rodé. Cette option permettrait d'éviter le "trou capacitaire" redouté — la période durant laquelle le Charles de Gaulle serait retiré du service avant que le France Libre soit pleinement opérationnel. Mais les chaufferies K15 ont leurs limites physiques, et Naval Group ne garantit pas une prolongation indéfinie.

Ce que disent les militaires

L'état-major de la Marine est clair depuis des années : deux porte-avions, c'est la condition de la permanence. Un seul, c'est la puissance par intermittence. Mais l'état-major de la Marine n'a pas le dernier mot sur les arbitrages budgétaires. En 2026, la réponse officielle de l'Élysée est sans ambiguïté : un seul France Libre est au programme. La question d'un second sera posée en 2028, à l'issue de la revue stratégique. Réponse dans deux ans.