Il n'existe que deux types de porte-avions vraiment comparables au France Libre : les porte-avions nucléaires américains de classe Gerald R. Ford. Même propulsion, mêmes catapultes électromagnétiques, même ambition de domination aéronavale. Mais deux visions très différentes de ce qu'un porte-avions doit être.
Taille : l'Amérique reste plus grande
Le France Libre mesurera 310 mètres de long pour un déplacement de 80 000 tonnes. Impressionnant — mais le Gerald R. Ford fait 333 mètres pour 100 000 tonnes. L'écart est notable : le navire américain est plus long de 23 mètres et plus lourd de 20 000 tonnes. En revanche, le France Libre sera plus large au niveau du pont d'envol, avec environ 85 à 90 mètres contre 78 mètres pour son rival américain.
Les catapultes EMALS : un point commun stratégique
C'est le lien technologique le plus fort entre les deux navires. Le France Libre utilisera le même système de catapultes électromagnétiques EMALS fourni par General Atomics — la même entreprise qui équipe le Gerald R. Ford. Trois catapultes pour le France Libre, quatre pour le Ford. Cette parenté technologique n'est pas anodine : la France a choisi d'acheter américain plutôt que de développer sa propre solution, faute de maîtriser cette technologie de rupture.
Aviation embarquée : un écart considérable
C'est là que la différence est la plus frappante. Le Gerald R. Ford peut embarquer jusqu'à 75 aéronefs : F/A-18 Super Hornet, F-35C, E-2D Hawkeye, EA-18G Growler, hélicoptères. Le France Libre en embarquera une trentaine — Rafale Marine F5, E-2D Hawkeye et NH90 Caïman. Presque deux fois et demie moins d'appareils.
Équipage : l'automatisation française
Le Gerald R. Ford embarque environ 4 500 personnes équipage et groupe aérien compris. Le France Libre en embarquera 2 000 — pour un navire presque aussi grand. Cet écart spectaculaire s'explique par les choix d'automatisation et de numérisation retenus par Naval Group, ainsi que par une organisation à bord repensée de fond en comble.
Coût : des budgets comparables
Le France Libre est estimé entre 10 et 12 milliards d'euros selon les sources. Le Gerald R. Ford a coûté environ 13 milliards de dollars — avec des dépassements budgétaires significatifs et des années de retard à la livraison. Les deux programmes illustrent la même réalité : construire un porte-avions nucléaire de nouvelle génération est l'un des défis industriels les plus complexes qui soit, pour n'importe quelle nation.
Deux philosophies, un même symbole
Le Gerald R. Ford est un outil de domination globale, conçu pour projeter une puissance aérienne massive dans n'importe quel océan du monde. Le France Libre est un outil de souveraineté et d'autonomie stratégique — plus modeste en volume, mais unique en Europe. Aucun autre pays du continent ne sera capable de mettre en œuvre un groupe aéronaval nucléaire autonome d'ici 2038.
Dans ce duel, l'Amérique gagne en puissance brute. La France gagne en indépendance.